Le monde se referme : garde ta force

Note du terrain n°2. Le décor a changé. Un nouvel ordre économique se dessine, les frontières se durcissent, et un réflexe se propage de pays en pays, d'organisation en organisation : se replier, se protéger, garder pour soi.

Je vais être direct avec toi. Tu ne décides pas des tarifs douaniers de Washington ni des contre-mesures de Pékin. Mais tu décides de ce que tu fais de tes ressources, de ta dépendance et de tes compétences pendant que le monde se referme. La vraie question n'est pas « le repli va-t-il s'arrêter ? ». Elle est : « qui garde le contrôle quand tout se replie ? ». On ne subit pas la vague. On reprend le volant. On reste In-Control.

Un virus d'auto-préservation

La doctrine « America First » est repartie avec force en 2025. Le 2 avril, l'administration du 47e président américain a posé un droit de douane universel de 10 %, assorti de surtaxes pouvant grimper jusqu'à 50 % selon les partenaires. La Chine a pris le choc de plein fouet : ses exportations vers les États-Unis ont vu leurs droits s'envoler à l'automne, avant une trêve partielle négociée lors de la rencontre Xi-Trump du 30 octobre 2025. Début 2026, la Chine reste le partenaire le plus taxé, autour de 34 % de droits effectifs.

Mais le plus parlant, c'est l'instabilité de ces barrières elles-mêmes : en février 2026, la Cour suprême américaine a jugé que le président ne pouvait pas s'appuyer sur la loi d'urgence économique (IEEPA) pour imposer une partie de ces tarifs. Même le mur sur lequel certains comptaient n'est pas solide.

Et la mentalité, elle, est contagieuse. Le Canada et le Mexique ont riposté, la Chine a porté plainte à l'Organisation mondiale du commerce. Chaque nation privilégie ses entreprises, ses travailleurs, ses ressources. Ce n'est pas qu'une querelle commerciale : c'est un état d'esprit qui se propage, et qui pousse chacun à se replier sur soi.

Premier choc : la dépendance

Quand les frontières se durcissent, ta première faiblesse, c'est ce dont tu dépends sans l'avoir choisi : un fournisseur unique, un pays unique, un bailleur unique. Les chaînes d'approvisionnement vacillent, les coûts s'envolent, et les structures les plus exposées sont celles qui n'ont qu'une seule porte d'entrée.

Deuxième choc : les financements se tarissent

Quand une grande puissance coupe son aide ou ses subventions, les autres suivent. Les ONG, les agences de développement et les multinationales se retrouvent à court de fonds. Une coupe en entraîne une autre : des projets s'arrêtent, des postes disparaissent, des modèles entiers se restructurent. Les structures qui vivaient des partenariats internationaux sont les plus fragiles, parce qu'elles n'avaient pas prévu le jour où le robinet se ferme.

Troisième choc : l'emploi et les compétences

Le marché du travail encaisse la pression par les deux bouts. D'un côté, les restructurations menacent les secteurs liés au commerce mondial : industrie, logistique, agriculture. De l'autre, les restrictions migratoires créent des pénuries dans la santé, la construction, l'hôtellerie. Au milieu, un risque de stagflation : les prix montent pendant que la croissance stagne.

Et l'automatisation accélère le mouvement. Le rapport « Future of Jobs 2025 » du Forum économique mondial prévoit 170 millions d'emplois créés et 92 millions détruits d'ici 2030, soit un solde net de 78 millions. Dans le même temps, 41 % des employeurs comptent réduire leurs effectifs là où l'IA automatise, et 77 % misent sur la requalification de leurs équipes. Le message est limpide : ce qui te protège, ce n'est pas ton poste, c'est ta capacité à apprendre vite.

La méthode In-Control : quatre gestes

Le modèle de la mondialisation ouverte (marchés ouverts, financements diversifiés, main-d'œuvre mobile) s'effrite. Survivre ne suffit pas, il faut piloter. Quatre gestes, à observer dans cet ordre.

Échos du passé : 2008, 2021, aujourd'hui

Ce moment résonne avec le passé, mais ne s'y confond pas. La crise de 2008 est née des excès de la finance. Le choc de 2021 est venu d'un virus. Aujourd'hui, le bouleversement est volontaire : il sort de choix politiques et géopolitiques. Moins un effondrement qu'une recomposition.

La différence, c'est le contrôle. Cette fois, ce sont des gouvernements qui tiennent les rênes, pour le meilleur ou pour le pire. Cela laisse une marge d'espoir si c'est bien joué, mais cela rend tout imprévisible, au gré des vents politiques. Raison de plus pour ne pas confier ta stabilité à des mains que tu ne contrôles pas.

Ton bilan In-Control

Tu as testé tes réflexes choc par choc : ta dépendance, tes réserves, ta capacité d'adaptation. Le moment est venu d'assembler le tableau complet. Es-tu encore aux commandes, ou le repli général te conduit-il déjà sans que tu t'en aperçoives ? Personne ne regarde, sauf toi.

Garde ta force

Voici ma conviction : les crises réveillent l'ingéniosité. La pandémie a enfanté des géants numériques, 2008 a réformé les banques, et ce repli-ci pourrait faire naître une renaissance locale. Imagine des chaînes plus courtes, plus durables, une croissance enracinée dans les territoires. Ce n'est pas un rêve abstrait : pour 2026, l'ASCM décrit déjà un glissement du « China + 1 » vers le « partout sauf la Chine », avec de nouveaux pôles qui émergent au Mexique, en Afrique, au Vietnam et en Europe de l'Est. Le terrain bouge, et l'Afrique est dans le jeu.

Ne regarde pas à ce que tu perds, regarde à ce que tu as. Fais l'inventaire de tout ce qui peut encore alimenter ta force : tes compétences, tes relations, ta trésorerie, ta réputation. Garde-le près de toi. C'est de cette force-là que tu rebâtiras.

Le monde se referme. Toi, tu gardes le volant. Reste In-Control.

Clement Ngombo PharmD, CSCP,CTSC, SCOR-P, MBA
Clement Ngombo PharmD, CSCP,CTSC, SCOR-P, MBA

Expert Supply Chain et Systèmes de santé, avec plus de 15 ans d’expérience en conseil auprès d’organisations internationales et en formation de professionnels à travers l’Afrique.

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